Rencontre avec Benjamin Lacombe

Dans la vie il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous paraît-il.
C’est comme ça que samedi matin je me hisse tant bien que mal hors de mon lit.
Hors de chez moi.
Je décide d’aller faire quelques courses. Un détour inopiné chez Muji où la fièvre acheteuse me conduit à faire l’acquisition d’un énième petit carnet. Pour dire la vérité, je n’en ai pas d’utilité immédiate et je sais déjà qu’il traînera sur une étagère du salon à côté d’autres encore vierges. Mais qu’importe, il me le fallait.
Je poursuis mon chemin, mon sac un peu plus lourd qu’au départ vers Aroma-Zone le temple du bien être et des produits naturels, le fief des huiles essentielles toutes douces pour mes cheveux frileux.
Métro Odéon.
6ème arrondissement.
Pas spécialement un quartier où j’ai l’habitude d’aller. Et c’est ce que j’apprécie à Paris: ce sentiment d’être une éternelle touriste.
Appareil photo en poche mon œil est aux aguets. Un attroupement de pigeons, des miettes de pains, une statue, des soldats, l’Université Paris-Descartes, une porte, puis Frida.
Frida? Oui, ma Frida. Et en grand. Très grand!
Affichée.
Exposée.
Et je n’étais même pas au courant?!
Au Musée de l’Histoire de la médecine à l’occasion de la sortie du livre « Frida » de Sébastien Perez & Benjamin Lacombe.
Bouquin déjà en rupture de stock que ma sœur a eu la génialissime et brillantissime idée de m’offrir à Noël.
Je ne sais pas si vous vous rendez compte… Un livre sur un des personnages historiques qui m’émeut le plus; illustré par un artiste dont je suis fan depuis un peu moins de dix ans! Son univers onirique et macabre, ses dessins noirs et féeriques. Il est une contradiction à lui tout seul. Comme Frida. Ce genre de contradiction que j’affectionne et qui me définie aussi. Finalement, je suis presque étonnée qu’il n’est pas sorti ce livre bien plus tôt!

Rencontre avec B. Lacombe

En fan avérée, je ne me pause aucune question et c’est le cœur tout palpitant que je pousse la lourde porte du musée. Un agent m’accueille tout sourire et me dit que la séance de dédicace avec Mr Lacombe est au 2 étage.
Quoi??? Ai-je bien entendu? Benjamin Lacombe est ici? Deuxième étage?
L’impensable…
Je grimpe les marches quatre à quatre, me perds dans les couloirs tant mon excitation est à son comble, j’entrouvre la porte timidement et j’ai l’impression de rentrer dans la bibliothèque de Poudlard.
« Frida Anatomicum ».
L’exposition n’aurait pas pu être ailleurs.
Encyclopédies, grimoires, scalpels, squelettes, formules magiques, ustensiles de trépanation, jambe de bois, main de fer cohabitent joyeusement parmi les œuvres torturées de ma Frida à la sauce Lacombe. Je virevolte entre les dessins tous plus jolis les uns que les autres.

Rencontre avec B. LacombeRencontre avec B. LacombeRencontre avec Benjamin Lacombe

Puis la queue.
Une longue file d’attente de fans qui trépignent d’impatience qu’on leur griffonne leur bouquin chéri. Une dédicace de Benjamin ça donne un dessin personnalisé sur la page de garde.

Malheureusement je n’ai pas le mien. Je n’ai pas le livre avec moi. J’ai beau l’aimer à la folie, mais pas au point de l’embarquer tous les jours dans mon sac à dos! Jamais je n’aurai le temps de faire l’aller retour Paris-Banlieue profonde pour aller le récupérer. Mais j’ai mon tout nouveau petit carnet. Les coïncidences n’existent pas…
C’est ainsi que je m’arme de patience. Quand on aime, on ne compte pas. Alors j’attends. Je n’ai pas le choix, je suis la dernière. Puis les heures défilent et se ressemblent. J’ai la bougeotte. Fourmis dans les pieds. Une retardataire arrive. L’attente et l’excitation créent des liens. On fini par s’asseoir comme des ados dans une cour de récré. Deux heures. Puis trois. On est à deux doigts de chanter « Kumbaya » au coin du feu. Plus que douze personnes devant moi. J’en vois enfin le bout.
Et si jamais il fatiguait?
Qu’il refusait de faire un dessin sous prétexte qu’il est crevé? Je le vois faire des pauses, et ingurgiter des cachets. Non, pas si près du but! Pas tout cet enchainement d’heureux « hasards » pour repartir bredouille!

Rencontre avec B. LacombeRencontre avec B. Lacombe

Puis arrive mon tour.
Enfin!
Transie de peur. C’est que c’est la première fois que je fais cette démarche. Venir parler à un artiste et lui dire combien son travail me touche. 3M à peine nous séparait et je me répétais inlassablement ce que j’allais lui dire. Mais que pouvais-je lui dire justement? Quelque chose qu’il n’aie pas déjà entendu 70 fois depuis qu’il a commencé sa dédicace! Comment faire passer mon admiration sans passer pour une groupie possédée? Je me sentais aussi fébrile qu’une Belieber (fan de Justin Bieber) qui aurait gagné un pass VIP pour aller dans sa loge.

Je m’assieds à sa table.
Enfin!
Des Posca, et des crayons un peu partout.

Nonchalant, chewing gum maché la bouche ouverte, il attend ma requête.
Tout sourire, c’est sans bégayer que je m’excuse d’être une « fan en carton et de ne pas avoir le livre avec moi pour le signer, mais qu’à la place j’ai un petit cahier et si… »
– Ah non, je ne fais pas les carnets.
Le couperet tombe.
Violent.
Je ne m’y attendais pas. Pas du tout.
– Pardon?
– Oui je ne fais pas les carnets. C’est comme ça. Certains vendent les dessins après. C’est déjà arrivé. Et une dédicace ça se fait autour d’un livre. C’est le principe d’une dédicace. Je veux bien signer votre affiche mais ce sera tout.
Je reste sans voix.
Interdite.
Avoir fait toute cette queue pour s’entendre dire que peut-être les honnêtes gens paient pour les autres mais qu’il ne le ferait pas, que certes j’ai fait la queue plus de 3h mais que lui aussi aura travaillé toute la journée.
Avoir dû lui quémander au moins une fleur à côté de mon prénom écrit au crayon à papier qui s’est révélée être aussi triste qu’un dessin de mon neveu. Ces derniers au moins ont le mérite d’être fait avec amour.
Je suis atterrée.
Attristée.
Dégoûtée.
Ecœurée.
N’aurait-il pas pu trouver un compromis? Trouver une petite chose gentille à dire ou à faire? Taxée une fan de possible revendeuse était-elle la meilleure des choses? Était-il humain d’éconduire sèchement une lectrice passionnée qui contribue aussi à son succès?
Sentiment amère qui me reste coincée au travers de la gorge.
C’était donc ça Benjamin Lacombe? Petit homme blasé, arrogant et insultant?
Frida Khalo disait: « la beauté et la laideur sont des mirages. Tout le monde finit par voir qui nous sommes vraiment à l’intérieur ».
Merci Frida, grâce à toi j’ai vu aujourd’hui qui il était…

Rencontre avec Benjamin Lacombe

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