Tête de chiotte

Février c’est comme un long lendemain de fête.
Tu te réveilles la gueule encore bouffie par le champagne, les toasts au foie gras, la bûche de chez Picard le tout arrosé de fruits de mer-mayonnaise maison.
Rien ne va plus le compte est bon! Sérieux, entre le réveillon du 24, Noël, le nouvel an, la galette des rois et la chandeleur… Je crois bien avoir attrapé la boulimie ou un truc dans le genre!
Certains trouveront l’excuse des températures négatives pour se tenir chaud avec la bouffe et les kilos plus du tout superflus, moi je n’en suis déjà plus là et constate les dégâts: je me sens lourde, grasse et j’ai une sale tête. Oui-oui, encore plus que d’habitude!!!
Y a des jours comme ça.
Des mois comme ça.
Celui qui ose dire que ça ne lui ai jamais arrivé est un menteur!
Tout le monde connaît cette période où on joue à cache-cache avec son reflet, qu’on passe en mode crabe rageux devant les baies vitrées de son boulot, que l’on boude le miroir de l’ascenseur.
Tout le monde connaît ces matins où au moment de se coiffer on fait des mous à la Kim K en espérant que ça atténuera le désespoir qui se lit sur nôtre visage, où l’on envisage très sérieusement de sortir avec un sac de congélation sur la tête ou avec la cagoule que l’on a pas remis depuis le CM1.
Tout le monde connaît ces matins où l’on s’entend penser à haute voix « miroir mon beau miroir, dit moi qui est la plus belle » et d’entendre sa sœur crier à l’autre bout de la baraque: « sûr que c’est pas toi en tout cas! »

Rien y fait! On aura beau utiliser tous les subterfuges existants! Bonnet, frange qui mange la moitié du visage, la nouvelle EE crème obtenue sur le marché noir (pour mon cas il faudrait déjà plancher sur une ZZ crème), lunettes de vue plus vraiment adaptées à votre nouvelle presbytie, tuto contouring fraichement visionné sur YouTube qui entre nous ne fait qu’accentuer les dégâts, filtre beauté réglé au max sur le téléphone haute résolution…bah quand on est moche; on est moche!

Tête de chiotteTête de chiotteTête de chiotte

Aujourd’hui je regarde par la fenêtre et je suis heureuse de voir qu’il n’y a pas que ma tête qui est pourrie. Le temps n’est pas terrible non plus. Pourtant les gens sont à la fête, c’est le nouvel an chinois. Décidément!!!
Aaaah une petite pensée pour la Chine. La Chine et ses toilettes…
Presque une grossesse que j’en suis revenue et j’y pense encore! Beaucoup m’avait prévenu « tu verras là-bas c’est hyper crade, les gens sont sales, accroche toi!!! »
Ce qui m’a frappé en premier lieu c’est le nombre impressionnant de toilettes publiques. Ce n’est pas le cas chez nous. Là-bas, inutile de se forcer à boire un mauvais café trop cher ou faire un sourire de michtoneuse pour accéder aux toilettes en sous-sol d’un bistrot mal éclairé où il est facile de constater que les trois quart de la population ne savent toujours pas viser et ont une alimentation peu ou pas équilibré au vue de ce qui ressort de leur appareil digestif.
Mais je m’écarte du sujet. Revenons aux toilettes publiques situées à tous les coins de rue qui compte tenu du grand nombre d’utilisateurs sont quand même relativement propres. On ne peut pas en dire autant en France. Ne serait-ce qu’à Paris, la capitale. Le luxe sois disant. Le raffinement qu’ils disent… Il m’est arrivé de voir des choses tellement atroces dans les toilettes de restaurant que j’en ai rendu mon repas avant même de l’avoir mangé!
Alors non, ne soyez pas médisants, au même titre qu’il faut balayer devant sa porte, brossons aussi nos fonds de chiottes avant de parler.
Ce qui m’a surpris là-bas c’est le concept des toilettes turques! Je les avais quasiment oubliées! La bête noire des colonies de vacances!!!
Dans les centres commerciaux on a souvent le choix: à gauche pour les toilettes « normales » et à droites pour les turques. On aurait dit des toilettes ségrégationnistes! Les natifs préféraient les WC oubliés. Mais certaines fois, ils se risquaient tout de même dans les autres. Très souvent j’ai vu des traces de semelles qui ont eu l’air d’avoir foulées la terre battue toute la journée tout autour de la cuvette. Non pas que j’espérais poser mes sacrosaintes fesses dessus, mais tout de même…j’ai trouvé ça très étrange. Il m’aura fallu près d’une semaine pour résoudre l’énigme, j’espère que vous avez l’esprit plus vif que le mien…

Quoiqu’il en soit les toilettes pour femmes en Chine valent le détour.
C’est un formidable lieu de rencontre et d’échanges. Je n’aurai jamais vu l’intimité d’une femme d’aussi près. Et pour cela je remercie du fond du cœur les poubelles à hauteur d’œil qui ont fortement contribué à cette proximité forcée. Ces poubelles où l’on doit jeter le papier toilette usagé et même trop usagé pour certaine!
Je ressors vraiment grandi de cette expérience et aujourd’hui je m’estime heureuse les jours de pénurie esthétique. Je me dis que ça pourrait être pire, qu’en plus d’avoir une tête de chiotte, j’aurai aussi pu en avoir l’odeur!!!

Tête de chiotteTête de chiotteTête de chiotte

Cap ou pas cap?

Bonne année à tous!!!
Bonne santé, beaucoup d’amour, de joie et bla bla blaaa beurk!
Allez courage, pendant encore une dizaine de jours on va y avoir droit.
Les sempiternels vœux…
Des vœux dégoulinants. Des vœux sirupeux. Des vœux pétris de bons sentiments.

Cap ou pas cap?Cap ou pas cap?Cap ou pas cap?
Plus que quelques jours et fini les SMS impersonnels reçus en triple exemplaires nous souhaitant la bonne année à grand renfort d’étoiles et d’émojis cœurs.
Encore quelques heures à serrer les dents devant le collègue de travail qui se croit hypra original et qui la veille du réveillon vous aura quitté en vous gratifiant d’un « hey, à l’année prochaine? » en faisant un clin d’œil appuyé au cas où on aurait pas bien compris la blague!
Ce même collègue qui nous dira à l’aide d’un coup de coude dans les côtes:
– 2016 c’était l’année de la baise, 2017 sera l’année des pépéttes. Hein pas vrai?
En espérant de tout cœur que vous n’ayez pas d’augmentation significative par rapport à lui.
Bande d’hypocrites!
Et les bonnes résolutions qui vont avec?
On en parle?
Pourquoi aurions nous plus de facilités à les réussir sous prétexte qu’on redémarre l’année à zéro?
Pourtant ce n’est pas une nouvelle vie qui commence, avec une nouvelle personnalité à la clef, de nouveaux amis en prime, une nouvelle famille parfaite, un nouveau job, un nouveau mec, des nouveaux cheveux soyeux, de nouveaux rêves ou de nouveaux seins qui pointent le soleil?! On ne laisse pas toutes nos galères, nos kilos en trop, nos crédits, nos craintes, nos défauts au 31 décembre pour récupérer une vie vierge de tout?!
Pourquoi tout le monde a t-il cette fausse impression? Où vont-ils chercher cet élan? Ce regain de bonne volonté?
Moi j’ai plus le sentiment d’être lésée. C’est comme si je vivais une rentrée des classes. Une rentrée des classes avec l’ancien cartable de ma sœur, ses anciens habits un poil trop grand et des cahiers à moitié griffonnés! Des cahiers abimés à force d’avoir gommé, gratté, effacé, raturé ou Tipexé.
J’entends déjà ma mère s’affoler:
– Quoi? Tu n’as jamais fait une rentrée scolaire avec les restes de ta sœur! Menteuse que tu es!
Oui je sais mamoune; c’était juste pour la métaphore…
Honnêtement, prendre des bonnes résolutions et dresser une liste de choses à changer dans sa vie c’est pas la meilleure idée qui soit!
Evitons les futures déceptions et désillusions inutiles!

Evitons les bilans de fin d’année négatifs.
A la place moi je préfère lister des défis sympas, agréables, un peu cons mais pas trop contraignants à faire! Et la vie ne s’arrêtera pas si j’étais amener à les rater…
Alors, cap ou pas cap de…?
1# Eviter les cons.
2# Boire un cocktail dans un bar. Mais seule!!!
3# Faire du roller sur Venice Beach en pum pum short.
4# Voter un président compétent!
5# Essayer d’être un peu plus féminine.

6# Arrêter d’acheter des fringues…non j’déconne!
7# Essayer le contouring.
8# Devenir une « healthy girl ».
9# « Penser à tomber amoureuse, paraît-il que ce n’est pas une maladie » (merci p’tit frère)…
10# Sourire dans le métro, comme ça, sans raison! 
11# Mettre du vernis à ongle parfaitement du premier coup (sans dépasser et sans traces de draps qui trahiraient un endormissement prématuré pendant le temps de séchage!).
12# Devancer le fameux collègue relou en lui envoyant au 1er janvier 2018 une photo de mes seins sous-titrée « Beaux nénés à toi »!

# Et si vous aussi vous avez d’autres bonnes idées n’hésitez pas à me les soumettre. J’étofferai ma liste avec grand plaisir et je passerai à coup sûr une très très bonne année!
Cap ou pas cap?Cap ou pas cap?Cap ou pas cap?

Boucles d’oreilles Vintage
Total look Bershka
Chaussures Dr Martens

Rencontre avec Benjamin Lacombe

Dans la vie il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous paraît-il.
C’est comme ça que samedi matin je me hisse tant bien que mal hors de mon lit.
Hors de chez moi.
Je décide d’aller faire quelques courses. Un détour inopiné chez Muji où la fièvre acheteuse me conduit à faire l’acquisition d’un énième petit carnet. Pour dire la vérité, je n’en ai pas d’utilité immédiate et je sais déjà qu’il traînera sur une étagère du salon à côté d’autres encore vierges. Mais qu’importe, il me le fallait.
Je poursuis mon chemin, mon sac un peu plus lourd qu’au départ vers Aroma-Zone le temple du bien être et des produits naturels, le fief des huiles essentielles toutes douces pour mes cheveux frileux.
Métro Odéon.
6ème arrondissement.
Pas spécialement un quartier où j’ai l’habitude d’aller. Et c’est ce que j’apprécie à Paris: ce sentiment d’être une éternelle touriste.
Appareil photo en poche mon œil est aux aguets. Un attroupement de pigeons, des miettes de pains, une statue, des soldats, l’Université Paris-Descartes, une porte, puis Frida.
Frida? Oui, ma Frida. Et en grand. Très grand!
Affichée.
Exposée.
Et je n’étais même pas au courant?!
Au Musée de l’Histoire de la médecine à l’occasion de la sortie du livre « Frida » de Sébastien Perez & Benjamin Lacombe.
Bouquin déjà en rupture de stock que ma sœur a eu la génialissime et brillantissime idée de m’offrir à Noël.
Je ne sais pas si vous vous rendez compte… Un livre sur un des personnages historiques qui m’émeut le plus; illustré par un artiste dont je suis fan depuis un peu moins de dix ans! Son univers onirique et macabre, ses dessins noirs et féeriques. Il est une contradiction à lui tout seul. Comme Frida. Ce genre de contradiction que j’affectionne et qui me définie aussi. Finalement, je suis presque étonnée qu’il n’est pas sorti ce livre bien plus tôt!

Rencontre avec B. Lacombe

En fan avérée, je ne me pause aucune question et c’est le cœur tout palpitant que je pousse la lourde porte du musée. Un agent m’accueille tout sourire et me dit que la séance de dédicace avec Mr Lacombe est au 2 étage.
Quoi??? Ai-je bien entendu? Benjamin Lacombe est ici? Deuxième étage?
L’impensable…
Je grimpe les marches quatre à quatre, me perds dans les couloirs tant mon excitation est à son comble, j’entrouvre la porte timidement et j’ai l’impression de rentrer dans la bibliothèque de Poudlard.
« Frida Anatomicum ».
L’exposition n’aurait pas pu être ailleurs.
Encyclopédies, grimoires, scalpels, squelettes, formules magiques, ustensiles de trépanation, jambe de bois, main de fer cohabitent joyeusement parmi les œuvres torturées de ma Frida à la sauce Lacombe. Je virevolte entre les dessins tous plus jolis les uns que les autres.

Rencontre avec B. LacombeRencontre avec B. LacombeRencontre avec Benjamin Lacombe

Puis la queue.
Une longue file d’attente de fans qui trépignent d’impatience qu’on leur griffonne leur bouquin chéri. Une dédicace de Benjamin ça donne un dessin personnalisé sur la page de garde.

Malheureusement je n’ai pas le mien. Je n’ai pas le livre avec moi. J’ai beau l’aimer à la folie, mais pas au point de l’embarquer tous les jours dans mon sac à dos! Jamais je n’aurai le temps de faire l’aller retour Paris-Banlieue profonde pour aller le récupérer. Mais j’ai mon tout nouveau petit carnet. Les coïncidences n’existent pas…
C’est ainsi que je m’arme de patience. Quand on aime, on ne compte pas. Alors j’attends. Je n’ai pas le choix, je suis la dernière. Puis les heures défilent et se ressemblent. J’ai la bougeotte. Fourmis dans les pieds. Une retardataire arrive. L’attente et l’excitation créent des liens. On fini par s’asseoir comme des ados dans une cour de récré. Deux heures. Puis trois. On est à deux doigts de chanter « Kumbaya » au coin du feu. Plus que douze personnes devant moi. J’en vois enfin le bout.
Et si jamais il fatiguait?
Qu’il refusait de faire un dessin sous prétexte qu’il est crevé? Je le vois faire des pauses, et ingurgiter des cachets. Non, pas si près du but! Pas tout cet enchainement d’heureux « hasards » pour repartir bredouille!

Rencontre avec B. LacombeRencontre avec B. Lacombe

Puis arrive mon tour.
Enfin!
Transie de peur. C’est que c’est la première fois que je fais cette démarche. Venir parler à un artiste et lui dire combien son travail me touche. 3M à peine nous séparait et je me répétais inlassablement ce que j’allais lui dire. Mais que pouvais-je lui dire justement? Quelque chose qu’il n’aie pas déjà entendu 70 fois depuis qu’il a commencé sa dédicace! Comment faire passer mon admiration sans passer pour une groupie possédée? Je me sentais aussi fébrile qu’une Belieber (fan de Justin Bieber) qui aurait gagné un pass VIP pour aller dans sa loge.

Je m’assieds à sa table.
Enfin!
Des Posca, et des crayons un peu partout.

Nonchalant, chewing gum maché la bouche ouverte, il attend ma requête.
Tout sourire, c’est sans bégayer que je m’excuse d’être une « fan en carton et de ne pas avoir le livre avec moi pour le signer, mais qu’à la place j’ai un petit cahier et si… »
– Ah non, je ne fais pas les carnets.
Le couperet tombe.
Violent.
Je ne m’y attendais pas. Pas du tout.
– Pardon?
– Oui je ne fais pas les carnets. C’est comme ça. Certains vendent les dessins après. C’est déjà arrivé. Et une dédicace ça se fait autour d’un livre. C’est le principe d’une dédicace. Je veux bien signer votre affiche mais ce sera tout.
Je reste sans voix.
Interdite.
Avoir fait toute cette queue pour s’entendre dire que peut-être les honnêtes gens paient pour les autres mais qu’il ne le ferait pas, que certes j’ai fait la queue plus de 3h mais que lui aussi aura travaillé toute la journée.
Avoir dû lui quémander au moins une fleur à côté de mon prénom écrit au crayon à papier qui s’est révélée être aussi triste qu’un dessin de mon neveu. Ces derniers au moins ont le mérite d’être fait avec amour.
Je suis atterrée.
Attristée.
Dégoûtée.
Ecœurée.
N’aurait-il pas pu trouver un compromis? Trouver une petite chose gentille à dire ou à faire? Taxée une fan de possible revendeuse était-elle la meilleure des choses? Était-il humain d’éconduire sèchement une lectrice passionnée qui contribue aussi à son succès?
Sentiment amère qui me reste coincée au travers de la gorge.
C’était donc ça Benjamin Lacombe? Petit homme blasé, arrogant et insultant?
Frida Khalo disait: « la beauté et la laideur sont des mirages. Tout le monde finit par voir qui nous sommes vraiment à l’intérieur ».
Merci Frida, grâce à toi j’ai vu aujourd’hui qui il était…

Rencontre avec Benjamin Lacombe