Don’t touch my Afro!

Moi j’ai pas d’afro, mais ce n’est pas une raison pour toucher à mes cheveux.
Ni à ma couleur.
Ni à mes origines d’ailleurs.
Ça sonne un peu comme un slogan ou comme une soudaine prise de conscience, mais pas vraiment. Depuis petite j’ai bien intégré mes différences. Ce que je n’ai toujours pas intégré par contre, ce sont toutes ces interrogations, ces affirmations qu’elles génèrent auprès des « autres » si l’on peut les appeler ainsi. Cette bêtise dont certains font preuve face à l’inconnu. Ce n’est pas toujours du racisme, c’est bien plus souvent de l’ignorance.

Adjectif: Ignare, comme ce jeune garçon rencontré il y a quelques années maintenant.
Rendez-vous dans une petite pizzeria de quartier.
Commence alors le jeu de la découverte, de la séduction ; passage obligé pour entamer n’importe quel type de relation. Qui est qui, valse de questions réponses, on se laisse aller à quelques confidences. Un climat de confiance s’installe rapidement entre nous et c’est complètement détendu et serein qu’il me demande de lui avouer un secret… Le Secret.

Il s’agite, tient en équilibre sur le bout de sa chaise, excité comme si j’allais lui révéler la recette secrète de la fabrication du Coca-Cola. Ses pupilles dilatées s’excitent dans ses orbites et il me lâche sans pression:
– Bon alors entre nous, tu peux me dire la vérité…finalement; y a aucune renoi qui a de jolis cheveux en vrai?
Whaaaaou…
Passé l’étonnement, un vide abyssal et intemporel s’est logé dans mon lobe frontal. Je ne sais combien de temps au juste je suis restée stoïque à le regarder avec ce petit rictus de femme enragée prête à lui percer l’œil avec ma fourchette encore mouillée de sauce tomate et d’huile pimentée.
Pour ne pas voir clairement qu’il venait de dire une « énorme-énormité » bien plus grosse que lui, il méritait de ne plus voir du tout pour la peine!

Le pizzaiolo ayant suivi la scène depuis son comptoir, n’était visiblement pas du même avis. Sûrement pour éviter une esclandre et le fait divers dans son restaurant trop peu remplit, il me regardait avec des yeux implorants. J’arrivais à lire sur ses lèvres:
– Put this fourchette on the table please. Slowly, slowly.
On aurait dit Bruce Willis en train de désamorcer une bombe.
Alors j’ai capitulé, recouvert mes esprits ainsi que la fourchette vengeresse de ma serviette de table pour éviter d’autres éventuelles tentations.
Je l’ai regardé en souriant. Calmement et en articulant plus que de raison je lui ai dit:
– Je ne comprends pas ta question.
N’ayant pas réellement saisi que je lui offrais l’opportunité de se ressaisir, Mr Ignare appelons le comme ça réitère une nouvelle fois sa question déplacée, malvenue, idiote, offensante, débile (choisissez, ça peut-être tout ça à la fois).
– Donc si je comprends bien, tu estimes que les Noires n’ont pas naturellement de beaux cheveux c’est bien ça? Que pour toi, la définition d’un beau cheveux serait en résumé le cheveux d’une occidentale, c’est exact?
Se rendant enfin compte de son absurdité, Mr Ignare bégaie, tente de s’expliquer, de se justifier, de se dédouaner, j’entends le mot « perruque », j’entends « crinière », je perçois l’adjectif « sauvage », j’entends « Beyoncé ». Il tente une blague…bref.
Je ne l’écoutais déjà plus.


Inutile d’envisager quoique ce soit avec quelqu’un qui serait dégouté de passer sa main dans mes cheveux noueux.
Hors de question d’opter pour l’épilation intégrale juste pour l’épargner de ma toison crépue.
Et au delà de tout ça, comment pourra-t-il aider notre future fille à s’assumer et s’aimer? À supporter les railleries de ses camarades -nées de parents aussi incultes que lui- quand ils lui jetteront à la face qu’elle a des cheveux qui ressemblent à des poils de couilles?
Quelle attitude adoptera t-il quand bloqué avec nous dans l’ascenseur la petite mamie du 3ème touchera sans y avoir été invité les cheveux de notre fils et dira le plus naïvement du monde en regardant son caniche:
– Oh lala, il a les cheveux aussi doux que les poils de mon chien j’aurai pas crû! Hein oui ma Poupoune?
J’étais obligé de mettre un terme à cette relation qui n’avait même pas encore commencé.
Je ferai bien rire mes copines quand je leur annoncerai  » nan lui et moi ça pourra pas coller! Pour faire court les filles, il n’aime pas la texture de mes poils pubiens »!

Certains diront que j’aurai pu lui apprendre. Mais on apprend pas à faire de la corde à sauter à un manchot!
C’est fou, aujourd’hui on laisse les gens dire tout et n’importe quoi sous couvert de la liberté d’expression .
C’est beau la liberté!
Elle permet à Bérénice de déclarer haut et fort qu’elle ne veut pas être Noire comme sa voisine Aglaé on ne comprend pas bien pourquoi, ni même l’objet et le bien fondé de ce bouquin pour enfant.
Elle donne le droit à Eric Zeymour de fustiger sur la place publique n’importe quelle personne qui aura eu l’indécence de s’appeler Akoua, Radija ou Faudé.
Elle autorise à bord d’un avion de dire à n’importe quel étranger qu’il est une sous merde et exiger de lui qu’il aille s’asseoir ailleurs sans crainte de se faire débarquer.
Tous ces évènements datent de quelques mois à peine. Rosa Parks a dû se retourner dans sa tombe, se réveiller et mourir une deuxième fois! Tant de chemin parcouru depuis et on en est quasi au même stade. Que peut-on faire? Que doit-on faire pour élever les mentalités? Lever le poing au ciel comme l’ont fait nos prédécesseurs ou taper du point sur la table?

Touche pas à mon afro bordel!
Touche pas à mon identité!
Touche pas à ma susceptibilité!
Touche pas à ma sensibilité!
C’est pas compliqué pourtant de ne pas rentrer là où l’on n’a pas été invité!

Béret Primark
Boucles d’oreilles Mango
Sweat Mozuri
Combinaison Zara Homme
Chaussettes H&M
Chaussures Mango

Family portrait

Attention mesdemoiselles, mesdames et messieurs, on entame à présent l’ère africaine!
Et quand je parle d’ère; je ne parle pas d’entonner cet air éphémère. Celui que l’on joue à toutes les saisons sous les traits de wax bariolés et chatoyants. Celui résolument tendance qui tous les étés confère un petit refrain d’exotisme et de bonne mine à qui l’arborera.
Non je parle de l’Afrique, la vraie. La maison mère, le berceau. 
Flotte au dessus de nos têtes comme un sentiment d’appartenance et de revendication.
Bien au-delà du mouvement « nappy » nombreux sont ceux désireux de revenir aux sources. Nombreux sont ceux qui ont à cœur de montrer que le Noir existe en tant que tel. Que le Noir est grand, que le Noir peu rugir, que le Noir est un king. Indéniablement en réaction à tous les sujets qui ont fait couler beaucoup d’encre ces dernières années et depuis la nuit des temps. Au hasard, H&M qui aura ou viré ou augmenté son chargé de com pour ce coup de pub mondial, Griezmann qui réfléchira dorénavant par 2 fois avant de se déguiser, Gala qui titrait à l’égard des tenues traditionnelles que portait le haut commissaire du Swaziland « un peu de tenue, ce n’est pas mardi gras » et j’en passe… Face à ces déferlantes, les opinions se divisent, parfois même au sein d’une même communauté. Mais s’il y avait bien un endroit où les avis convergeaient, c’était bien à l’exposition de Malick Sidibé.
Le drapeau blanc était de rigueur et mon boubou de sorti. 

Je ne suis pas ce genre de blogueuse influente qui va en avant première des lieux les plus branchouilles pour donner envie d’y aller.  
Je ne suis pas non plus une suiveuse; mais je me devais de la voir.  
Alors c’est à la dernière minute que ce dimanche 25 février j’ai empoigné un bout de ma famille à la Fondation Cartier, pour aller à la découverte des photos entraînantes de Malick Sidibé. Entraînantes parce que rien qu’en les regardant on peut encore entendre les musiques endiablées sur lesquelles ces sujets dansent, on peut ressentir sur chacun de ces clichés le crépitement du flash et la chaleur ambiante du Mali.
J’ai l’impression de me perdre dans les albums photos de mes parents. Cette joie de vivre qui leur était propre. Une fausse innocence qu’ils avaient déjà perdu pour avoir vécu tant de choses terribles à leur âge. Et pourtant, ils avaient l’air si heureux.
Qu’est-il arrivé à notre jeunesse pour être si triste, dépressif et désabusé?
Je déambule dans les allées pour ne louper aucun détails, des vêtements, aux poses, en passant par les coiffures. Comme de nombreuses photos de famille. Je me sens à la maison. Je vois les yeux de ma mère s’écarquiller et faire appel à ses souvenirs enfouis. Du coin de l’œil je la vois sourire. Animée par une nostalgie positive et une excitation juvénile en me racontant sa jeunesse que déjà mille fois j’ai entendu et que pourtant je ne me lasse de réécouter.

Et puis quelque fois j’entends certains commentaires « oh c’est drôle son habit ».
Drôle? Ce n’est pas le terme que j’aurai choisi mais je ne peux presque pas leur en vouloir. L’ignorance est-elle condamnable? Aujourd’hui on ne sait plus vraiment ce que l’on peut dire ou ce qu’il est tolérable d’entendre.
Plus d’une fois au cours de ma visite on m’aura regardé, pris en photo sans me demander mon avis et dit à quel point nous étions beaux ma famille et moi. Alors? Où est le problème me direz-vous ? Mais la vraie question est plutôt: dois-je être vexée ou me sentir flattée ? Est-ce que dans un lieu comme celui-ci je suis plus légitime de porter un boubou que dans le métro ? Pourquoi ne nous a-t-on encore jamais arrêté dans la rue pour nous dire ô combien notre famille était magnifique ? Ici je fais partie du folklore amusant et récréatif ; hors de ces murs je fais partie de la France que l’on voudrait cacher. Dois-je profiter de ce moment de gloire ou être triste que mon vêtement de tous les jours soit considéré comme un costume de bon augure pour ce genre de manifestation ? Vous commencez à me connaître…je préfère ne pas m’y attarder. Du moins pas pour le moment. Je voudrais juste continuer à en prendre pleins les yeux parce que je sais qu’au-delà cette exposition, ma famille, mon boubou et mes origines perdureront autant que l’œuvre de Malick Sidibé.

To be continued…

Lunettes Komono
Boucles d’oreilles Mango
Boubou direct du pays
Sweat H&M Homme
Jeans Lévis Homme
Sac H&M Divided
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Dark side

Déjà 3h du mat’.
Ce genre de discussions qui ne servent à rien et qui ne débouchent sur rien.
Un stylo dans la main tenu comme une arme.
Comme un couteau menaçant.
Je l’observais se débattre avec ses pensées. Un réel combat intérieur.
Piégé, il se demandait sans doute quel mensonge il allait pouvoir inventer pour se sortir d’affaire.
Je le regardais me regarder.
Vide mais agité.
Je n’avais qu’une envie à présent lui planter ce stylo dans la cuisse.
Une cuisse si ronde et en bonne santé.
Peut-être qu’elle serait plus bavarde?
Peut-être allais-je retirer quelque chose de cette cuisse qui m’appelait et qui ne demandait qu’à s’exprimer…

Entre l’amour et la haine il n’y a qu’un pas.
Entre la douceur et la violence il n’y a qu’un geste.
Tellement cliché; mais tout l’est tellement dans cette relation. Toute cette histoire, cette situation, cet homme qui trompe et qui ment. Cet homme qui nie!
A quel moment avais-je franchi la limite?
Quand il m’a regardé droit dans les yeux et que j’y ai lu ses mensonges?

Limpide.
Clairvoyante j’étais devenue.
Ses taches de rousseurs que j’aimais tant il y a peu sont devenues toutes clignotantes et me montraient le chemin le plus court pour atteindre sa cuisse.
Si je plante au bon endroit, en haut? Je peux tomber directement sur l’artère fémorale non? Là il se viderait de tout son sang n’est-ce pas?
Une fois mort, je n’aurai plus qu’à le découper en morceaux, les mettre dans des sacs et jeter le tout à la mer pas vrai?

Quand je regarde Dexter cela m’a l’air tellement simple…
Dans les faits je crains que ça ne soit plus compliqué!
Parce que concrètement le sang qui gicle et qui tâche mon tout nouveau canapé « AM.PM » durement acquis, non merci!

Désosser un poulet fermier me prend 1h, trois couteaux et toute ma patience. Alors un bestiau de 1m80, 85kg pimpé au Nesquik et à la Junk Food???
Ensuite, je n’ai pas eu le temps d’aller faire les courses aujourd’hui et je n’aurai pas suffisamment de sacs poubelle. Je sais pas… mes sacs de congélation 1L feront-ils l’affaire?
J’ajoute que j’habite au 5ème étage d’un immeuble sans ascenseur, sans compter que je n’ai pas de voiture mais un skate que je ne maîtrise pas vraiment pour aller jusqu’aux bords de Seine.
Ah j’hésite-j’hésite; ça me paraît bien risqué…

Il me regarde toujours.
Interrogatif cette fois.
A t-il deviné que je réfléchissais à l’éliminer?
S’il pouvait lire en moi, nul doute qu’il se mettrait à table et qu’il avouerait enfin comment ce string de mauvais goût s’était retrouvé dans la pile de linge sale.
Je regardais toujours sa cuisse.
Sa cuisse imberbe et obèse.
Sa cuisse nourrit à la créatine et aux heures de muscu addictives.
Hypnotisante.

– Bébé j’te jure c’est celui à ma soeur!

Décidément, il me prend vraiment pour une conne.
Déjà on dit « celui de ma soeur » et en plus il n’a pas de soeur!
A partir de combien de meurtres au compteur sommes nous considérés comme des serial killers?
A trois je le plante, ensuite, j’aviserai.

– Bébé j’te jure y a que toi!

Un. Deux…

SAMSUNG CSC Dark side Dark side

Chapeau Vintage
Manteau Zara
Pull Zara
Jean’s Pepe Jeans
Sac à dos Bershka
Chaussures Zara

Ce post a été rédigé dans la cadre de l’Atelier des Jolies Plumes, un atelier d’écriture entre bloggueurs et bloggueuses amoureux des mots, qui se retrouvent chaque mois autour d’un thème.
Ce mois ci, le thème est: « Une histoire d’amour ». Le début, la fin, le milieu, l’entier, dans l’ordre, le désordre, l’avant, l’après. Cette histoire peut être magique, tragique, héroïque, fantastique, surréaliste, ancrée, légère, difficile, passée, présente, future…
Si vous avez envie de rejoindre l’Atelier des Jolies Plumes, envoyez un mail à : latelierdesjoliesplumes@gmail.com.
Sinon, vous pouvez suivre toutes les actualités et lire les textes des participants en suivant le compte Twitter @lesjoliesplumes ou le compte Facebook.

 

Boubou Babtou

Petite j’ai longtemps été considérée par mes oncles et tantes comme la petite blanche de la famille. La faute à ma discrétion à la limite du mutisme. La faute aussi au fait que je ne parle pas ma langue natale. La faute à mon appétit d’oiseau. Réfractaire au piment mais incollable sur les fromages en tous genres, surtout les plus corsés.

Pourtant à l’école on me percevait bien différemment. Je n’étais plus celle qui aime « les bons choses des blancs ».
Bien que née en France j’étais perçue comme (rayer la mention inutile):

♦ la petite africaine

♦ la noiraude

♦ la négrita

Celle dont les parents parlent une langue trop marrante: « angulu gala prrrrésentement ». Merci Michel Lebb; je te haime!!!

Celle qui doit dormir sur des lattes.

Celle qui a certainement dû voir des lions depuis la fenêtre de sa case en paille quand elle retourne dans son pays.
Boubou BabtouBoubou BabtouBoubou Babtou

Avec le temps les choses changent, les esprits évoluent; mais certains clichés ont décidemment la dent dure…
Ma famille m’a définitivement laissée tranquille.

Je suis devenue l’originale de la tribu!

Je fais un Yassa du feu de dieu. Le piment et le gingembre sont devenus mes épices favorites (merci papa).

Pourtant aujourd’hui certains de mes pairs se moquent encore de moi. Même si j’avoue ne pas bien savoir pourquoi. Peut-être parce que je ne sais pas prendre l’accent de mon bled?

D’autres encore voient en moi la femme excixotique (vous aurez compris le jeu de mot). Qui doit préférer vivre au soleil et qui peut se permettre de porter toutes les couleurs de l’arc-en-ciel -en même temps bien sûr- puisque sa peau ébène le lui permet.

Difficile de se construire dans ces conditions.
Toujours cette manie de vouloir vous coller des étiquettes.

Mais moi je ne suis pas africaine. Encore moins française.

Je suis surtout un mix des deux et je remercie mes parents pour m’avoir offert cette richesse…

Boubou BabtouBoubou Babtou


Lunettes
Polette

Boucles d’oreille
Urban Outfitters

Gilet Jusqu’àcequemodes’ensuive

Veste
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Pantalon wax
 Kiloshop

Pochette
Zara

Derbys
Zara