Gilets Jaunes

Acte 18.
Personne n’aurait cru que ça irait aussi si loin et que ça durerait autant de temps! Là où l’on pensait qu’il commençait à montrer des signes d’essoufflement et que beaucoup semblait quitter le navire, le mouvement n’aura jamais été si agressif.
Gilets jaunes.
Manif. Blocus. Taxe carbone. Débats. Pour ou contre? Ministre de l’intérieur. Communiqués. Violence. Pouvoir d’achat. Fiscalité écologique. Bruno Le Maire…
Qui y comprend quelque chose? Please, faites moi un petit récap que je puisse participer moi aussi au prochain débat sociétal quand j’irai boire un verre avec mes potes. Je n’ai jamais vraiment suivi l’actu. Depuis petite je fuis le journal de 20h. D’ailleurs quelqu’un peut-il me dire si Bruno Masure fait toujours parti du PAF? C’est toujours lui le présentateur vedette de TF1? Ça va, ça va, c’est bon, je rigole!

J’entends tout un tas de théories plus ou moins farfelues, des points de vue réalistes, des avis tranchés et des opinions divergentes.
« Mai 68 trente ans après » scandent les journaux. J’entends les usagers des transports en communs se chuchoter à l’oreille « on va tout droit vers la faillite vous savez ». Même sujet abordé dans la queue chez le boucher « blabla crise économique en Espagne… ». Les pieds sur les étriers, mon gynéco me parle de l’endettement de la Grèce. Je l’entends entre mes cuisses s’agiter en évoquant un possible attentat, un gigantesque complot. Et il explose:

– Boum! Tout va péter je vous dit!!!
Je suis larguée.
Je suis dépassée.
Par l’étrangeté de la situation et surtout par tout ce climat ambiant. Pavés qui volent, Macron démission, vitrines cassées, coup de poing qui pleuvent, poubelles en feu…

La France est en colère.
Tension. Agressions. Casseurs. Profiteurs.
Les rares fois où j’allume la télé, je regarde toute cette déferlante vautrée dans mon canapé me demandant si moi aussi je ne devrai pas bouger pour ma France. Je ne me sens pas plus concernée que ça mais je m’insurge contre les gens qui se moquent.
Tout le monde s’excite, tout le monde débat et moi au milieu j’observe avec de gros yeux ronds! Je compte les poings entre les pongistes amateurs.
Est-ce réellement pour le prix de l’essence que la France menace d’imploser à tout moment?
Si c’est le cas, je m’en fiche encore plus sachant que je fais parti de la team « no permis »! Mais avec ce genre de raisonnement, je crains que l’on aille bien loin.
Si Simone avait dit l’IVG? Je m’en fiche je suis stérile! On en serait certainement pas là aujourd’hui…
Alors se moquer, pester et critiquer c’est facile mais tous bénéficieront des retombées positives si le gouvernement fini par abdiquer. La baisse des taxes profitera à beaucoup s’ils arrivent à obtenir gain de cause. Je ne dis pas qu’il faille embrasser chaque révolution, mais ne faudrait-il pas être solidaire à ce moment précis?

La Solidarité…
On trouve tous ce concept très joli en théorie. Mais qu’en est-il dans la pratique ? Pas sûre que tout le monde adhère à un combat si celui-ci ne le touche pas directement. J’avoue ne pas être la mieux placée pour prodiguer des leçons.

Combien de cartons de vêtements ai-je entassé dans ma cave et combien de fois me suis-je dis qu’il faudrait que j’aille les distribuer dans un camp de réfugiés?
Combien de fois au début de l’hiver me suis-je fait la promesse d’aller aider à la soupe populaire?
Combien de fois ai-je baissé les yeux ou fais mine de ne pas comprendre quand on est venu me mendier un peu d’argent?
Il est vrai que je ne me suis pas non plus réellement souciée du mouvement « #me too » aka « #balance ton porc » alors que je me sens l’âme d’une féministe convaincue. Pas plus avec cette histoire de gilets jaunes.
Et pourtant, ils sont à la pointe de la mode en adoptant les tendances printemps/été 2019. Déformation professionnelle. Le fluo et le style « utilitaire », personne n’y coupera cette saison!
En plus d’être des fashionistas, ne militent-ils pas pour une baisse des taxes?
Ne se battent-ils pas pour une révision des salaires et des allocations?
Ne se mobilisent-ils pas pour un système éducatif plus adapté?
Ne cherchent-ils pas à enrayer le chômage?
N’œuvrent-ils pas pour un avenir et des conditions de vie meilleures de manière générale? Compte tenu de ma nouvelle situation, ne suis-je pas directement concernée par cette mobilisation?

Le climat est plus que jamais tendu et j’en ai fait les frais. C’est qu’on ne joue pas avec les gilets jaunes. Encore moins avec les commerçants ou les habitants qui ne font que subir les « dommages collatéraux » et vivre cette recrudescence de violence gratuite. Susceptibles, à fleurs de peau, déraisonnés, à cran, agressifs et complètement à bout. Macron fait quelque chose s’il te plait; je ne compte pas continuer à accepter les propositions d’aller me faire enculer en toute impunité sous prétexte que j’arbore mon gilet jaune sur l’avenue des Champs Élysées. On m’aura traité de « charognard », on m’aura dit « que je ne respectais rien », on m’aura chassé d’un trottoir public sois disant une propriété privée. On m’a demandé si tout cela me faisait marrer, et j’en passe. Et ce, sans jamais me demander quelle était ma démarche ou mon opinion. Le raccourci entre « gilets jaunes » et « casseurs » est malheureusement trop rapidement établi et j’ai dû essuyer un déferlement de haine et d’acharnement que je ne m’explique qu’à moitié.
L’ignorance encore et toujours.
Les gens en ont marre et déversent leur colère sur le premier venu. Il faut que les tensions s’apaisent.
La révolutionnaire qui est en moi espère que le mouvement continue. Baisser les armes ne signifierait-il pas tout accepter et nous décourager à manifester?
Adhérer à la cause? J’y réfléchi encore. Mais pour l’heure, même s’il n’est pas bien vu d’être « Gilet Jaune » j’ai tout de même trouvé la tenue idéale pour le prochain rassemblement!!!
Juste au cas où…

Veste Zara
Gilet Jaune Ikea
T.Shirt Bershka
Pantalon Zara Homme
Sac Mango
Pochette H&M
Bottes Mango

 


Crédit photo Christelle, n’hésitez pas à cliquer et aller voir son travail.

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Don’t touch my Afro!

Moi j’ai pas d’afro, mais ce n’est pas une raison pour toucher à mes cheveux.
Ni à ma couleur.
Ni à mes origines d’ailleurs.
Ça sonne un peu comme un slogan ou comme une soudaine prise de conscience, mais pas vraiment. Depuis petite j’ai bien intégré mes différences. Ce que je n’ai toujours pas intégré par contre, ce sont toutes ces interrogations, ces affirmations qu’elles génèrent auprès des « autres » si l’on peut les appeler ainsi. Cette bêtise dont certains font preuve face à l’inconnu. Ce n’est pas toujours du racisme, c’est bien plus souvent de l’ignorance.

Adjectif: Ignare, comme ce jeune garçon rencontré il y a quelques années maintenant.

Rendez-vous dans une petite pizzeria de quartier.
Commence alors le jeu de la découverte, de la séduction ; passage obligé pour entamer n’importe quel type de relation. Qui est qui, valse de questions réponses, on se laisse aller à quelques confidences. Un climat de confiance s’installe rapidement entre nous et c’est complètement détendu et serein qu’il me demande de lui avouer un secret… Le Secret.

Il s’agite, tient en équilibre sur le bout de sa chaise, excité comme si j’allais lui révéler la recette secrète de la fabrication du Coca-Cola. Ses pupilles dilatées s’excitent dans ses orbites et il me lâche sans pression:
– Bon alors entre nous, tu peux me dire la vérité…finalement; y a aucune renoi qui a de jolis cheveux en vrai?
Whaaaaou…
Passé l’étonnement, un vide abyssal et intemporel s’est logé dans mon lobe frontal. Je ne sais combien de temps au juste je suis restée stoïque à le regarder avec ce petit rictus de femme enragée prête à lui percer l’œil avec ma fourchette encore mouillée de sauce tomate et d’huile pimentée.
Pour ne pas voir clairement qu’il venait de dire une énorme énormité bien plus grosse que lui, il méritait de ne plus voir du tout pour la peine!

Le pizzaiolo ayant suivi la scène depuis son comptoir, n’était visiblement pas du même avis. Sûrement pour éviter une esclandre et le fait divers dans son restaurant trop peu remplit, il me regardait avec des yeux implorants. J’arrivais à lire sur ses lèvres:
– Put this fourchette on the table please. Slowly, slowly.
On aurait dit Bruce Willis en train de désamorcer une bombe.
Alors j’ai capitulé, recouvert mes esprits ainsi que la fourchette vengeresse de ma serviette de table pour éviter d’autres éventuelles tentations.
Je l’ai regardé en souriant. Calmement et en articulant plus que de raison je lui ai dit:
– Je ne comprends pas ta question.

N’ayant pas réellement saisi que je lui offrait l’opportunité de se ressaisir, Mr Ignare appelons le comme ça réitère une nouvelle fois sa question déplacée, malvenue, idiote, offensante, débile (choisissez, ça peut-être tout ça à la fois).
– Donc si je comprends bien, tu estimes que les Noires n’ont pas naturellement de beaux cheveux c’est bien ça? Que pour toi, la définition d’un beau cheveux serait en résumé le cheveux d’une occidentale, c’est exact?
Se rendant enfin compte de son absurdité, Mr Ignare bégaie, tente de s’expliquer, de se justifier, de se dédouaner, j’entends le mot « perruque », j’entends « crinière », je perçois l’adjectif « sauvage », j’entends « Beyoncé ». Il tente une blague…bref.
Je ne l’écoutais déjà plus.

Inutile d’envisager quoique ce soit avec quelqu’un qui serait dégouté de passer sa main dans mes cheveux noueux.
Hors de question d’opter pour l’épilation intégrale juste pour l’épargner de ma toison crépue.
Et au delà de tout ça, comment pourra-t-il aider notre future fille à s’assumer et s’aimer? À supporter les railleries de ses camarades -nées de parents aussi incultes que lui- quand ils lui jetteront à la face qu’elle a des cheveux qui ressemblent à des poils de couilles?
Quelle attitude adoptera t-il quand bloqué avec nous dans l’ascenseur la petite mamie du 3ème touchera sans y avoir été invité les cheveux de notre fils et dira le plus naïvement du monde en regardant son caniche:
– Oh lala, il a les cheveux aussi doux que les poils de mon chien j’aurai pas crû! Hein oui ma Poupoune?

J’étais obligé de mettre un terme à cette relation qui n’avait même pas encore commencé.
Je ferai bien rire mes copines quand je leur annoncerai  » nan lui et moi ça pourra pas coller! Pour faire court les filles, il n’aime pas la texture de mes poils pubiens »!

Certains diront que j’aurai pu lui apprendre. Mais on apprend pas à faire de la corde à sauter à un manchot!
C’est fou, aujourd’hui on laisse les gens dire tout et n’importe quoi sous couvert de la liberté d’expression .
C’est beau la liberté!
Elle permet à Bérénice de déclarer haut et fort qu’elle ne veut pas être Noire comme sa voisine Aglaé on ne comprend pas bien pourquoi, ni même l’objet et le bien fondé de ce bouquin pour enfant.
Elle donne le droit à Eric Zeymour de fustiger sur la place publique n’importe quelle personne qui aura eu l’indécence de s’appeler Akoua, Radija ou Faudé.
Elle autorise à bord d’un avion de dire à n’importe quel étranger qu’il est une sous merde et exiger de lui qu’il aille s’asseoir ailleurs sans crainte de se faire débarquer.
Tous ces évènements datent de quelques mois à peine. Rosa Parks a dû se retourner dans sa tombe, se réveiller et mourir une deuxième fois! Tant de chemin parcouru depuis et on en est quasi au même stade. Que peut-on faire? Que doit-on faire pour élever les mentalités? Lever le poing au ciel comme l’ont fait nos prédécesseurs ou taper du point sur la table?

Touche pas à mon afro bordel!
Touche pas à mon identité!
Touche pas à ma susceptibilité!
Touche pas à ma sensibilité!
C’est pas compliqué pourtant de ne pas rentrer là où l’on n’a pas été invité!

Béret Primark
Boucles d’oreilles Mango
Sweat Mozuri
Combinaison Zara Homme
Chaussettes H&M
Chaussures Mango

9,7%

Vous la connaissez vous aussi cette sensation?
Celle du manque d’air, comme si l’on était vingt mille lieux sous les mers alors qu’on a les pieds bien ancrés sur Terre?
Cette impression dérangeante que notre cœur est pris dans un étau et qu’à chaque battement il se resserre un peu plus. Il menace à tout moment d’exploser et d’imploser en même temps.
Vous allez me dire:
– Bah bien sûr que oui! Tu crois que tu es la première à avoir souffert en amour? T’es pas la seule cocotte!
Sauf que là je ne parle pas d’amour ou de désamour.
Ou si finalement… Je parle de cette relation charnelle, conflictuelle et passionnelle que tu entretiens avec ton taf!
On n’assume pas toujours cette souffrance, ce malmenage au risque de passer pour un faible. Ce serait admettre que l’on a pas les épaules suffisamment larges ou l’instinct de winner assez développé pour encaisser les coups bats de sa boîte. Et si par malheur la dépression ou le burn-out venaient à arriver ce serait l’enterrement social assuré.
Malheureusement et sans être fataliste; tous on y fera face tôt ou tard dans notre vie professionnelle. Il s’agira alors de prendre les bonnes décisions si tant est qu’il y a en réellement de bonnes à prendre. Partir? Rester? Endurer? Encaisser? Se rebeller?
Très vite tu ressasses et tu manques de souffle.
Il en va de ton salut. De ta santé mentale qui déteint souvent sur celle physique.

Et puis un jour, on décide de tout arrêter. Abandon pour certain, courage pour d’autres.
Quoiqu’il en soit je viens aujourd’hui gonfler les rangs. Malgré la baisse de 1,1% , je fais tout de même partie de ces 9,7% de chômeurs qui font mal à la France. Je fais partie de ces 3,676 millions de personnes qui touchent les allocs. Enfin je suppose que je les toucherai bien un jour. Montant des indemnités, délai de carence…c’est pas bien clair tout ça!!!
Il y a moins d’un mois, j’étais complètement ignorante de tous ces chiffres et surtout très insouciante. Moins depuis que je suis un des vers qui pourrissent la pomme, de ses fainéants qui tirent son pays vers le bas.
Je suis la profiteuse qui se repaît de vos charges.
Je suis de ceux qui font baisser le pouvoir d’achat.
Est-ce que je culpabilise ? Pas encore! Pas de pression. Comme beaucoup font malgré eux. Ils reportent leurs angoisses sur nous, nous transmettent leurs peurs avec tous leurs précieux conseils.
– Tu cherches? T’as trouvé ? Tu vas faire quoi? T’as des pistes? Des idées? Des contacts? Ne reste surtout pas sans rien faire! T’as refait ton CV? Reste active sur Viadeo! Non mais Viadeo c’est mort, faut qu’elle soit sur LinkedIn….
Stoooooooooop!
Laissez moi le temps. Laissez moi encaisser. Laissez moi réaliser. Laissez moi me consoler. Laissez moi me convaincre que j’ai pris la meilleure décision pour moi. Que tout ira bien. La pensée positive. Toujours celle ci. Celle qui est sensée te tirer vers le haut, qui t’empêche de sombrer, de zoner, de squatter. Tu finis par te persuader que rien arrive par hasard. Que c’est un mal pour un bien. Que cela te permettra de faire une pause, de lever le pied et de prendre enfin du temps pour toi. Tu pourras réfléchir à ce que tu voulais vraiment faire.
Alors apprécie aujourd’hui de marcher au soleil en redécouvrant Paris, parce que peut-être au fond tu as envie de devenir guide touristique ? Prends le temps de tester de nouveaux restaurants, tu pourrais devenir critique culinaire? Participe à des ateliers d’écriture. N’as-tu jamais voulu devenir romancière?
Sauf que moi j’aimais déjà passionnément mon métier. Sauf que moi j’aimais courir à droite à gauche toute la semaine et m’endormir une fourchette à la bouche pendant les repas familiaux. J’aimais que ma famille me regarde attendrie en disant « la pauvre elle travaille trop », j’aimais être une femme active et me plaindre de ne pas avoir assez de temps.
Et là du temps j’en ai. Théoriquement deux ans avant que les Assedic ne me rayent de leur liste. J’ai deux ans pour trouver une autre bonne raison de me lever tous les matins. Mais j’ai aussi deux ans pour faire tous les musées presque gratuitement, deux ans pour voyager à prix réduits, deux ans pour enfin avoir de jolies mains manucurées, deux ans pour faire des grasses mat’ et des siestes si je veux les deux dans la même journée. Deux ans pour envisager de nouvelles formations, deux ans pour être plus disponible pour les autres, deux ans pour rattraper tout mon retard sur Netflix, …
Le programme est plutôt alléchant finalement, pourquoi n’y avais-je pas pensé avant?

Bob Adidas
Bombers Monki
Chemise Fripes
Soutien-gorge H&M
Pantalon Zara Homme
Chaussures Dr Martens


Crédit photo Damien Paillard, n’hésitez pas à cliquer et aller voir son travail.